Ouest-France/Bretagne/Lorient/Ploemeur/Archives du mercredi 21-04-2010

Muriel et Francis Ribault, de l’association Enfants avenir du monde, ont passé un mois dans le pays meurtri par un séisme. Ils partageront leurs impressions, vendredi à Océanis.
Entretien
Muriel Ribault, présidente de l’association Enfants avenir du monde.
Quelles ont été vos premières impressions à l’arrivée à Port-au-Prince ?
Il faisait tellement mauvais que nous avons eu l’impression d’atterrir dans une ville fantôme. Et la piste de l’aéroport longée par le bidonville de Cité Soleil est finalement apparue. La nuit tombe rapidement et il était difficile de se rendre compte de l’ampleur du désastre mais nous avons gardé l’impression très forte des milliers de lampes à huile qui brillaient dans le noir.
Comment avez-vous été hébergés compte tenu des dégâts dans la ville ?
Nous avons été accueillis dans la cour de l’école Basile-Moreau où un hébergement provisoire a été aménagé comme pratiquement sur tous les terrains disponibles. 2 500 à 3 000 personnes sont entassées dans des abris de fortune construits avec des morceaux de tôle, de toile, de carton, de bois. Pour les mieux lotis, les bâches font office de tentes. Nous avions apporté les nôtres. Des conditions dans lesquelles on imagine les risques sanitaires d’emblée ! Il y a cinq toilettes pour 3 000 personnes.
Quelles sont vos réflexions après avoir passé du temps sur place à partager ce quotidien ?
Il est urgent de prévoir des abris conformes et stables. 48 heures de pluie ont transformé les terrains en de grands champs de boue. La crainte des répliques demeure. Nous en avons nous-même vécu une. Il faudrait aussi reconsidérer l’aide alimentaire qui empêche les petits marchands ambulants de vendre leurs produits de base. L’économie locale est stoppée. Nos amis nous ont fait part de leur sentiment d’impuissance et effectivement, nous les sentons comme ankylosés. Ils attendent des consignes qui ne viennent pas. Le gouvernement ne communique pas. Nous avons organisé des ateliers pour les enfants, de dessin, tressage de scoubidous, poésie. Le désoeuvrement est difficile pour tous.
Avez-vous circulé dans Port-au-Prince ?
Oui. La ville est en majorité un grand bidonville à ciel ouvert. Les Haïtiens ont dégagé les gravats. Étonnamment, il y a toujours autant d’embouteillage, de monde dans les rues. La débrouille a envahi la capitale. La décision de rouvrir les écoles est une bonne chose mais loin d’être effective. Nous sommes aussi sortis de Port-au-Prince. Ailleurs, la vie continue comme à Caracol où nous poursuivons un projet